Proposition d’édito :

(reprenant des extraits des derniers textes de Patrick Viveret)

Nous sommes aujourd’hui en présence d’un véritable défaitisme par rapport aux deux dangers majeurs que court l’humanité, le danger écologique de se retrouver avec une terre de plus en plus inhabitable et le danger éthique, politique, spirituel, d’une humanité qui se détruit elle-même par sa propre violence.

La tâche essentielle du moment est d’opposer à ce défaitisme qui traverse tous les courants politiques et idéologiques (donc y compris spirituels et religieux) une vision transformatrice positive de l’avenir qui inclut la luciditésur le pire de l’inhumanité mais montre pour l’humanité la possibilité de mobiliser ses forces de vie pour une « Traversée »* vers une humanité plus intelligente et plus solidaire. C’est un enjeu qui articule non seulement le local et le global mais aussi l’intime et le planétaire. Il consiste à chercher à construire dans tous les domaines ce que pourrait être « un point de vue de l’humanité » à partir de ce qui nous est commun et qu’évoque le second manifeste convivialiste : commune naturalité, commune humanité, commune socialité.

Si l’on adopte ce point de vue, on voit bien les conséquences de l’absence de ce point de vue dans les conflits en cours. Les guerres en cours, qu’il s’agisse des guerres entre nations telles celles qui déchirent Israéliens et palestiniens, ukrainiens et russes mais aussi des guerres civiles comme celles que l’on voit au Soudan, sont des défaites du point de vue de l’humanité. L’Europe a payé le prix lourd pour apprendre que ses guerres intestines ont été pour elle même des défaites, au delà du vainqueur d’un moment (espagnol, portugais, français, néerlandais, anglais, allemand, russe, etc). Elle n’a pu commencer à renaître (au moins provisoirement) qu’en tournant le dos à la guerre et en s’engageant sur la voie de la réconciliation et du pluralisme assumé comme condition du vivre ensemble. Si l’on adopte le point de vue d’une humanité menacée de rendre sa planète inhabitable par sa guerre au Vivant et à elle même, on voit bien que l’organisation du « peuple de la terre » sur sa planète ne peut être stable sur la base de victoires de tel ou tel acteur, que ces victoires soient militaires ou idéologiques.

La gravité du diagnostic sur la possibilité d’une humanité qui se défait et régresse vers l’inhumanité pourrait être source de désespérance et dès lors d’impuissance. C’est le contraire que propose cette approche, en termes de métamorphose plus que de Transition, dans un sens créateur face à un chaos destructeur. Ainsi nous n’avons pas besoin que les choses aillent bien (ou mieux que nous le pensons) pour travailler à la perspective d’une humanité plus humaine. Même au cœur du tragique, grandir en humanité reste non seulement possible mais nécessaire.

Patrick Viveret

* voir le livre chantier « la traversée – du temps des chenilles à celui des métamorphoses » de Patrick Viveret et Julie Chabaud aux éditions « Les liens qui libèrent »

Les Dialogues en humanité, nés à Lyon au début du 21ème siècle, contribuent à constituer un réseau mondial ouvert à tous les sexes, croyances, nations, langues, cultures qui œuvrent pour la préservation d'une Terre habitable et d'une humanité plus humaine. À ce titre nous accordons une attention particulière aux personnes, aux cultures et aux pays dominés dans le monde entier, sans pour autant absolutiser leurs causes et en faire les vecteurs de nouvelles potentielles formes de domination.

Les Dialogues en humanité se veulent un réseau de tissage, de service et d'exploration des formes les meilleures du bien vivre sociétal et personnel et cherche à mettre en lien toute initiative, mouvement, organisation, institution œuvrant dans ce sens.